Music
Les genres
Ahwâsh et Ahidûs
Le terme ahwâsh et ahidus désigne les danses collectives pratiquées par les diverses communautés berbères du Maroc.
Très proches de la nature, les Berbères célèbrent le temps des moissons en projetant symboliquement dans la chorégraphie de leurs rondes, la chorégraphie des astres.
Dans le Haut Atlas, les chants et les danses de l’ahwâsh sont accompagnés de la flûte, de la clarinette à double foyer aghanim et de tambours sur cadre de bois au son profond bendir.
Dans le Moyen Atlas, l’ahidûs , les hommes et femmes forment une immense ronde qui ondule au rythme des bendir.
La saison d’été est le moment idéal des célébrations de l’union mystique du Ciel et de la Terre incarnés par Asli, le Fiancé et Taslit, la fiancée.
L’ahwâsh et l’ahidus sont des danses cosmiques qui évoquent un passé pré-islamique.
Al-âla
Al-âla signifie l’instrument et désigne la musique arabo-andalouse, héritière de la grande civilisation de l’Espagne musulmane. Cette musique à la naissance de laquelle collaborent Arabes, Berbères, Juifs et Espagnols, se perpétue dans tout le Maghreb, après la reconquista de 1492.
Al-alâ connaît diverses écoles, au Maroc, comme celles de Fès, d’Oujda de Rabat ou de Tétouan.
Cette musique est constituée de suites modales, les nûbat. Chaque nûba est construite sur un même mode et suit un développement précis.
Les moments instrumentaux alternent avec la voix, soliste ou en chœur. L’instrumentation comporte généralement une vièle à deux cordes, le rbâb, un ou plusieurs violons ténor ou alto, un luth ‘ûd, une cithare kanûn, et des percussions, un tambour en calice darbûka et un tambour sur cadre târ.
Matrûz
Le matrûz est un genre spécifique des communautés juives du Maroc.
Les poèmes chantés sont alternativement composés de vers en arabe et en hébreu, en suivant les modes de la musique andalouse.
Ils expriment l’élan mystique de la communauté autant que sa vie sociale et culturelle ancrée au cœur de la société marocaine.
Qu’il soit interprété a cappela ou accompagné d ‘un orchestre arabo-andalou, le matrûz, qui signifie littéralement une pièce brodée, est le symbole de la vie séculaire judéo-marocaine.
Malhûn
Le malhûn est un genre musical généralement pratiqué dans le milieu des petits commerçants et les artisans. À la différence de la musique savante arabo-andalouse, le malhûn est interprété en arabe dialectal. Il ne s’agit pas moins d’un art raffiné où les subtilités métriques rivalisent avec les prouesses poétiques.
Les poètes populaires entretiennent une constante création, écrite ou orale, qui puise son art dans le récit des contes populaires, dans le reflet de la vie quotidienne, se faisant le témoin privilégié de la mémoire collective.
Les thèmes abordés peuvent être d’ordre religieux mais aussi profane, bucolique, humoristique ou satirique.
L’orchestre qui accompagne le chanteur soliste est souvent constitué d’un ‘ûd, d’un violon, d’un suissen et de petites percussions.
‘Aîta
Al-‘aîta signifie “ le cri, l’appel ”. C’est un genre interprété le plus souvent dans les plaines qui bordent l’Atlantique. Il est interprété généralement par des chanteuses professionnelles, les shikhat, qui sont accompagnées par un petit orchestre masculin.
Après une partie lente, non mesurée, qu’on appelle lafrâsh, littéralement “ le lit, le drap de dessous ”, commence une deuxième partie au rythme rapide, la ghta, “ la couverture ”. C’est alors que les shikhat commencent des danses sensuelles, avec notamment tout un jeu où elles font onduler leur troublante chevelure.
Les thèmes abordés peuvent être religieux, mais aussi chanter les douleurs de l’amour ou les exploits des hommes des tribus, qui sont venus participer à la fantasia qui accompagne le moussem, le pèlerinage.
Daqqa
Les musiciens de la Deqqa sont à l’origine les membres d’une confrérie religieuse composée d’hommes qui, sous la direction de leur chef, apprennent par la maîtrise des rythmes alternés, la maîtrise de soi.
La daqqa est un genre qui se pratique surtout à Marrakech et à Taroudant, et plus particulièrement à l’occasion de la fête de l’ ‘Achura, le dixième jour après le Mouloud, la naissance du Prophète.
A cette occasion, hommes, femmes et enfants, se livrent, dans la ruelles de la médina à des joutes de percussions, dans une atmosphère débridée où se mêlent sentiment mystique , initiation et divertissement.
A l’issue de ces joutes musicales les musiciens se rendent dans les jardins pour une fête champêtre appelée nzaha.
Lila
La lila signifie “ la nuit ”.
Ce rituel de possession, accompli par les Gnawa, descendants des esclaves d’origine sub-saharienne, se compose de trois parties.
La la’ada, “ la coutume ”, est une procession menée par des crotales métalliques, les qrâqeb, et des tambours à deux peaux, les t’bel. Viennent ensuite les kûyû, série de chants et de danses préliminaire à l’entrée en transes. On apporte alors des foulards dont les différentes couleurs correspondent aux différents esprits.
Le joueur de guenbri (ou hajhouj) va alors jouer les différentes formules mélodico-rythmiques qui correspondent aux différents mlouk, aux différents esprits, qui vont venir au cours de la transe “ chevaucher ” les initiés ou soulager les adeptes de leurs maux.
Les instruments
Idiophones
Naqûs
Percussion métallique parfois constituée par un tambour de frein, percuté avec des baguettes métalliques.
Qrâqeb
Crotales de métal en forme de 8, entrechoquées.
Zil
Cymbalettes métalliques attachées aux doigts par des élastiques.
Membranophones
Bandaîr
Tambour sur cadre à membrane unique pourvue d’un timbre, corde simple ou multiple qui produit un son grésillant. Chez les Berbères, on l’appelle allun.
Darabukka
Tambour en poterie à membrane unique, en forme de gobelet.
Ta’rija
Semblable à la darabukka, mais de taille plus réduite. La face interne de sa membrane comporte un timbre.
T’bel
Tambour cylindrique à deux membranes, dont l’une est frappée avec une baguette.
Aérophones
Aghanim
Clarinette double chleuh jouée avec le souffle continu. Elle existe aussi dans les populations arabes, qui l’apellent zamr.
Gasba
Flûte de roseau (parfois en métal) à embouchure terminale, jouée obliquement. Ele porte parfois d’autres noms comme ‘awwada. Sous sa forme classique, on l ‘appelle nay.
Ghaïta
Petit hautbois.
Nafir
Longue trompe métallique.
Cordophones
Guenbri
Luth à trois cordes au manche cylindrique et à la caisse piriforme recouverte d’une table d’harmonie en peau. Chez les Gnawa, qui l’appellent aussi hahjouj, l’instrument est de plus grande taille et la caisse est parallépipédique.
Suissen
Petit luth à trois cordes semblable au guenbri, mais dont la touche est plate.
Qânûn

Cithare à vingt-quatre chœurs triples joués avec deux plectres attachés aux index.
R’bâb
Vièle à deux cordes à la table d’harmonie en peau.
‘Ûd
Luth piriforme, à la table d’harmonie en bois, à cinq chœurs de cordes, sous sa forme la plus courante, celle du ‘ûd sharqi (luth oriental). Des formes archaïques comme la kwitra ou le ‘ûd ‘arbi sont montées de quatre chœurs.
Violon
Le violon, souvent l’alto emprunté depuis le XIX ème siècle à l’Occident, est tenu en position verticale sur la cuisse de l’instrumentiste.